samedi 10 mars 2007

Des Dreamgirls pas si cruches


C'est tonique, bien enlevé et pétillant. Dreamgirls n'est pas un cocktail mais une bonne surprise. Dans l'Amérique de l'apartheid, le film retrace le destin houleux des Dreamettes, trois jeunes afro-américaines qui vont successivement passer des back au lead vocals, des feux de la rampe à l'oubli le plus complet. Le climax : la plus talentueuse des trois est évincée au profit de la plus jolie. Soul, faux amis et vrais échecs sur fond de lutte pour les droits civiques. Et une bordée de hits bien calibrés.

A côté d'Eddie Murphy, excellent dans le rôle du crooner vieillissant et suicidé, c'est surtout la prestation de Jennifer Hudson qui retient l'attention - et qui lui a d'ailleurs valu le Golden Globe du meilleur second rôle. L'actrice de 25 ans crève l'écran dans le rôle d'Effie White, la plus malchanceuse des Dreamettes qui se fait voler la vedette par Deena Jones, alias Beyoncé Knowles, ex-Destiny Childs au jeu plaisant mais lisse. A la voix bien pâle, également, à côté de celle - saisissante - de Jennifer-Effie.



Reconnaissons toutefois à Beyoncé, diva bling bling dont la soupe se vend comme des petits hamburgers, le mérite de jouer les seconds rôles dans un film dénonçant le sacrifice du talent sur l'autel de l'audimat. Ce qui n'est pas sans ironie. Dreamgirls est donc un film moral : lutte du bien et du mal, châtiment des méchants, triomphe de l'amour et de l'amitié. Trame inusable s'il en est - on pense à La flûte enchantée - mais passablement bien exploitée ici. D'aucuns diront que rien, dans Dreamgirls, n'égale l'aria de la Reine de la nuit. Certes. Mais la chansonnette y est très agréablement poussée.

Réalisé par Bill Condon. EU, 2005. Avec Jennifer Hudson, Beyoncé Knowles, Jamie Foxx et Eddie Murphy. Durée 2h11.

mardi 13 février 2007

Yahya Al Bishri Défilé haute-couture automne-hiver 2007

Le couturier saoudien Yahya Al-Bishri organisait son douzième défilé parisien, jeudi 25 janvier, dans les salons de l'hôtel Georges-V. Morceaux choisis.



lundi 12 février 2007

Plexus/Praxis : Lionel Hoche au Festival Artdanthé


Sur scène, le danseur est seul. Comme oublié du monde. Avec sa pièce Plexus présentée dans le cadre du Festival Artdanthé, au théâtre de Vanves, Lionel Hoche, explore en solo le territoire de l’intime.

Intimité de la nature, d'abord, présente ici sous forme numérique : sur de grands écrans plats suspendus au-dessus de la scène s’affichent de façon répétitive sous-bois en forêts et plaines balayées par le vent. Invite faite au spectateur à se plonger dans un état contemplatif et mélancolique, tout juste troublé par quelques airs de flûte tirés d’un répertoire traditionnel et contemporain.

Intimité du corps, ensuite, qui se met à nu : seul sur scène, Hoche se joue de tous les codes classiques, son sorps se tord, souffre, sue, explose en mille petits morceaux. Mille petits mouvements. Avec Plexus, l'interprète fait preuve d'une remarquable habileté technique et prouve qu'à 43 ans, il déborde encore d’énergie.

Praxis achève la soirée. Trio. Deux hommes et une femme. Des corps qui se cherchent et se bousculent, à mi-chemin entre le jeu d’enfant et la lutte animale. La scénographie - signée Philippe Favier - est raffinée, dynamique, pétillante. Mais les sueurs se perdent devant une salle à moitié vide. Le théâtre de Vanves n’a pas fait salle comble ce soir. Pourtant, l'ancien élève de Jiri Kylian, formé à l'Opéra de Paris et au Nederlands Dans Theater, n'en finit pas de nous surprendre.

Le site de la compagnie Lionel Hoche

mercredi 24 janvier 2007

Balenciaga au Musée de la Mode et du Textile



Le musée de la mode et du textile présente, jusqu'au 28 janvier 2007, une exposition dédiée au couturier espagnol Cristobal Balenciaga (1895-1972).

Alléchante affiche pour les amateurs de mode et les aficionados de la grande maison de couture à laquelle le Français Nicolas Ghesquière, nommé directeur artistique de Balenciaga en 1997, a donné une seconde jeunesse.

Poursuivant ses monographies de couturiers, le musée de la Mode et du Textile présente 160 modèles, des premières créations de Cristobal Balenciaga jusqu’aux derniers modèles de Nicolas Ghesquière : costumes d’homme revisités au féminin et talons hauts de 10 cm.

Le couturier espagnol né à Guetaria (Pays basque espagnol) et arrivé à Paris en 1937 pour fuir la guerre civile qui frappe son pays ouvre sa boutique parisienne Avenue Georges-V. Il s’impose rapidement comme « le roi de la couture parisienne ». Simplification de la ligne, contraste des formes et des couleurs, Cristobal Balenciaga puise également dans ses origines espagnoles en utilisant des dentelles noires ou en dessinant des robes d’infante et des boléros de toréador.

Quand les femmes de l'après soixante-huit veulent des minis, Balenciaga rallonge les jupes ; quand Christian Dior lançe le new-look (taille étranglée), Balenciaga innove avec le look cocon (lignes fluides, vêtements faisant disparaître la taille). L’exposition présente de merveilleux modèles du couturier qui avait coutume de dire : « Un bon couturier doit être : architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure »

Malheureusement, comme souvent au Musée de la mode et du textile, l'exposition ne tient pas toutes ses promesses : mise en scène et commentaires réduits au minimum. Les magnifiques modèles exposés manquent de vie, et l'ensemble de dynamisme. Aucune photographie ne vient animer la présentation des modèles et le visiteur devra s'en remettre à son imagination pour se faire une idée de la façon dont robes du soir, ensemble baby doll, tailleurs et petits manteaux pouvaient être portés. Et malgré l'inaltérable élégance des coupes et des matières, c'est parfois difficile.

Même pas, accroché dans un coin, le sourire de Balenciaga. Il faudra s'en satisfaire et tâcher d'imaginer ce petit homme discret adulé de la haute-société parisienne et ami intime de Mona Von Bismarck.

Visite guidée fortement recommandée

Voir le défilé Balenciaga printemps-été 1960

Musée de la Mode et du Textile, 107 rue de Rivoli, 1er. Site du musée.

De si beaux Climats


Tout se passe dans un grand silence : la séparation du couple, la solitude, les aventures, comme ça, pour oublier. Et des bruits qui éclatent avec violence : une noix que l'on croque en regardant une femme que l'on désire, un pull qu'on déchire, après, la cigarette sur laquelle elle tire avec nervosité. Les Climats, c'est tout cela : un grand calme et un cri déchirant.

Réalisateur et acteur principal de son second film, Nuri Bilge Ceylan y interprète Asi, prof de fac portant beau ses quarante et quelques années. Dans la Turquie contemporaine, il vit en couple avec la jeune Bahar. Depuis ? Sans doute un moment : perdus au milieu des ruines d'un temple grec, ils posent l'un sur l'autre des regards pesants de passé. Jeu de cache-cache derrière les colonnes doriques. C'est l'été.

Puis Asi quitte Bahar comme on va à la plage, pour éviter de s'ennuyer. Retour à Istanbul où il retrouve ses étudiants. Il tente de combler sa solitude avec une ancienne conquête. Mais c'est Bahar qu'il cherchera finalement à reconquérir, en allant la rejoindre sur le tournage d'une série où elle travaille comme directrice artistique dans l'Est du pays. C'est l'hiver.

La critique a tout dit des ressemblances du film avec les plus beaux Bergman, Rosselini ou Antonioni. Cela n'a rien d'exagéré. Nuri Bilge Ceylan pose sur ses personnages un regard pudique, délicat, mais d'une rare acuité. Plans fixes. La caméra s'attarde sur les visages, les corps, une épaule moite de sueur, des mâchoires qui se serrent. Longuement. Et une sonate de Scarlatti. La vidéo numérique haute-définition donne aux moindres détails une infinie précision et met à nu les solitudes de deux êtres. Egoïsmes de l'homme, détresses de la femme. Juste une histoire d'amour raté. Comme il y en a tant.

Deuxième film de Nuri Bilge Ceylan aprés Uzak, Les Climats (Iklimler) dure 1h37.
Site officiel du réalisateur